* Les Étincelles * Julien SANDREL

par | 28 Mai 2020 | Lecture | 0 commentaires

Quand une famille meurtrie règle ses comptes avec le passé, la quête de la vérité se fait justicière.

Un roman idéaliste et léger pour un sujet profond.

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Après avoir découvert et réellement apprécié la plume de Julien Sandrel avec La Chambre des Merveilles (2018), et après avoir pris connaissance des avis dithyrambiques sur ce dernier roman, j’avais hâte de retrouver l’écriture de cet auteur et y suis entrée curieuse d’en découvrir le fond du sujet. Effectivement, le thème abordé est tout autre et sur ce point il a le mérite de se renouveler.

En effet, nous suivons le chemin de Phoenix, jeune fille âgée de 23 ans entourée de sa mère, sa grand-mère, son frère, tous réunis et heurtés de plein fouet par un évènement ayant touché leur père, Charlie, scientifique de renom. Il a laissé derrière lui autant d’incompréhension et de colère que cette envie de tourner la page.

Mais la découverte d’un message mystérieux à l’occasion d’une fouille des affaires laissées par ce père remettra la jeune fille, sa famille et quelques rencontres faites sur le terrain d’un petit boulot loin d’avoir été choisi par hasard, sur le chemin qu’il avait tracé, malgré tout.

L’innocuité d’un fameux produit chimique vendu à l’international, censé aider les agriculteurs dans leur quête de productivité serait remise en cause. Un sujet que le père aurait étudié dans le passé aux côté d’une mystérieuse femme disparue depuis.

Entre la quête de la vérité familiale et celle de la justice sanitaire et environnementale, les chemins vont se croiser, les personnes s’accompagner, les âmes se lier. N’est pas Clear et Lumière qui veut, lanceur d’alerte non plus…

L’intention de l’auteur visant à attirer ses lecteurs sur un sujet d’actualité et fondamental pour la survie de notre planète n’est pas sans rappeler les éternels combats de David contre Goliath qui se jouent chaque jour sur le terrain de la protection environnementale et humaine contre les pressions économiques et les lobbies financiers touchant au monde paysan et agricole. Ce même monde qui nourrit la planète et chacun de nous. Rendre accessible ce thème grâce à sa personnification en Phoenix (qui porte bien son nom effectivement) était une jolie porte d’entrée.

Cependant, je ne ressors pas transie de cette lecture qui ne m’a pas vraiment embarquée aux côtés des personnages malgré leur volonté et leurs courages. Le déroulement et la suite m’est vite apparue comme évidente et je n’ai pas eu de réelle surprise quant à l’issue, y compris à l’occasion de certains faits se voulant rebondissements.

L’écriture est fluide et aisée à suivre certes, mais il m’a manqué une certaine profondeur dans le traitement des personnages, de leur psychologie, de leurs nuances comme s’ils n’avaient en eux qu’un côté clair ou un côté sombre à quelques exceptions près. L’impression aussi que le déroulé temporel était sans cesse accéléré pour arriver rapidement aux faits marquants, sans fouiller ces temps intermédiaires essentiels à mon sens à une introspection du lecteur et de l’auteur même, par le biais de questionnements alternatifs, d’autres voies à explorer, d’un style plus figuré, imagé, métaphorique.

En conclusion, et comme chaque livre sait aller trouver son lecteur, je comprends tout à fait l’engouement qu’il a suscité chez certains et je m’en réjouis. Il est plein d’optimisme, de messages positifs allant dans le sens de cette envie de changer les choses par plus de transparence et de justice, de silences levés et de poings brandis, de combats à mener.

Mais personnellement – et je profite de cet article sans souhaiter stigmatiser l’auteur que j’affectionne particulièrement pour son premier roman par ailleurs – cette tendance actuelle à surinvestir la catégorie du « feel good », devenue marketing à mon sens, et se situant sans doute au carrefour du développement personnel et de la romance, me satisfait de moins en moins.

On peut se sentir bien à chaque rencontre livresque. Peu importe sa catégorie. Certains ne vibrent qu’avec les polars, d’autres ne s’évadent qu’en fantasy. D’autres encore ne se sentent mieux qu’après avoir pleuré les drames des personnages plutôt que les siens propres. Chaque livre peut rendre heureux, et pas forcément parce qu’ils se finit bien dans le meilleur des mondes, qu’il est résolument ancré dans un optimisme absolu, ou que les personnages sont des justiciers entendus, uniquement définis par leur bonté d’âme et leurs réussites à toute épreuve.

Parfois un livre sombre et torturé réveille aussi, redonne vie, fait du bien. L’impact est personne-dépendant, il n’y a pas d’automatisme, pas ordonnance. Il y a surtout autant de livres qui procurent une forme de bonheur que de lecteurs et de contextes qui le permettent.

Or aujourd’hui, j’ai le sentiment – mais peut-être est-il biaisé – que galvauder cette catégorie de romans en la réduisant aux lectures dites « faciles » (dans le sens que la fluidité de l’écriture devient une qualité primordiale au détriment d’autres aspects) ou – et j’ai même entendu ça dans un live récemment qui m’a laissée sans voix – considérées comme des « lectures de bonne femme » (dixit la chroniqueuse, j’espère pour faire réagir), risque même, à terme, de nuire aux auteurs que l’on enferme dedans, rangés dans cette case et lus avec ce fond de subjectivité.

Je comprends l’intention de départ et l’idée d’associer le bien-être à la légèreté. Je ne me refuse aucun livre qui s’en défend et d’ailleurs La chambre des merveilles portait bien son nom !

Mais ce raisonnement me semble parfois réducteur. Un livre dispose de ce potentiel bénéfique, même si sa couverture n’est pas publiée à coups de couleurs vives ou de graphismes gourmands. Et inversément. A condition à mon sens que la densité morale/psychologique/sociale du sujet ne soit pas sacrifiée pour autant, ou du moins opposée à toute idée de légèreté ou de fluidité justement (sujet, histoire, personnages peu importe le nombre de pages, je ne parle pas de densité matérielle). Pourquoi les opposer ? Ça veut dire quoi aujourd’hui une « lecture facile » comme on le lit bien souvent dans des chroniques ? Est-ce qu’on ne finirait pas par confondre le fond et la forme ?

Je ne sais pas, je pose la question. Je m’interroge. Et je me demande aussi quelle est la position des auteurs qui s’en défendent finalement. L’idée n’étant pas d’intellectualiser ni de dénigrer, bien au contraire. Je ne voudrais simplement pas que nous, lecteurs, devenions consolecteurs sans réfléchir à l’influence du marketing sur notre façon d’aborder le livre et que nous restions toujours vigilants à faire révérence au travail de Titan de chaque écrivain(e) indépendemment des injonctions que l’on reçoit parfois sans y être attentif. Il y a peut-être une autre voie d’abord que celle de cocher des cases en amont pour vivre les mots qui sont dedans ensuite… Un avis sur la question ?

Quoiqu’il en soit, je souhaite à celles et ceux que celui-là ravira de passer un excellent moment !

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Citation p.242, éditions Calmann-Lévy :

« J’ai, enracinée en moi, la croyance absurde que la beauté a le pouvoir de protéger celui qui sait la reconnaître. »

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