* Propriété privée * Julia DECK

* Propriété privée * Julia DECK

On ne choisit pas ses voisins. Certes.

Un sujet et des personnages qui auraient supporté plus de profondeur.

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Le traditionnel jeune couple et son ambition d’accéder à la propriété. Dans un pavillon périphérique. Entourés de gens soucieux de leur empreinte environnementale, comme eux. Le rêve !

Enfin, quand il est question de tuer le chat des voisins en premier chapitre et d’envisager par quels moyens et selon quelles modalités, le cauchemar ne semble pourtant pas bien loin. Ambiance.

Du rêve de devenir propriétaire à la désillusion que la propriété peut engendrer, il n’y a donc qu’un pas, celui de la porte de ses voisins ! On ne les choisit pas affirme la sagesse populaire. Effectivement.

Cependant, d’un sujet plutôt commun actualisé à la lumière du développement des écoquartiers s’affichant écoresponsables, et de communautés de citoyens en pleine écoconscience de l’impact de leur façon de vivre sur l’environnement, le récit tarde à réellement nous happer sur le chemin du côté obscur des résidents de ce petit microcosme. Sans vraiment nous plonger dans un suspense insoutenable ni susciter des questionnements nous gardant en haleine quant à leur devenir. Malgré la mort du chat des voisins donc. Malgré les fricotages de certains avec un fond de chantage qui s’annonce. Malgré les disputes et la participation auditive collective à la vie de tous et de tout, promiscuité oblige lorsqu’elle n’est pas accentuée par quelques menus travaux mitoyens.

Déception donc face à une impression de superficialité dans l’analyse des émotions des personnages, de leurs interactions et des conséquences de leurs actes dans ce contexte façon huis clos avec un « l’enfer c’est les autres » dans le placard sartrien. Également face à un ressenti de manque de profondeur dans le traitement de faits se voulant rebondissements mais qui ne rebondissent pas si haut que cela. Peut-être en lien avec une volonté de rejoindre plusieurs genres différents allant du roman au polar. Finalement, le cumul ou la succession de tous ne permet pas, il me semble, de creuser suffisamment chacun d’eux.

* L’Italienne qui ne voulait pas fêter Noël * Jérémie LEFEBVRE

* L’Italienne qui ne voulait pas fêter Noël * Jérémie LEFEBVRE

Comme un repas de Noël bien riche et arrosé, ce livre nécessite un temps de digestion. Après et surtout pendant.

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En point de départ, cette jeune sicilienne qui est en cours d’études en France et qui part retrouver sa famille pour les fêtes de fin d’année mais … bien décidée à ne pas les fêter avec elle ! Le déclencheur : un défi, celui de prouver à l’un de ses amis français que sa vision de la famille italienne n’est que représentation. Entre famille et sentiment d’appartenance, les personnages sont prêts à beaucoup pour démontrer leurs convictions, certains dans l’affirmation et d’autres dans l’opposition.

Un rythme sans relâche où l’auteur laisse peu de respiration au lecteur à mon sens pour composer son propre espace d’imagination.

En effet, la cadence rapide de tous les scénarios possibles envisagés à travers les conversations intérieures du personnage principal ou à coup d’interpellations directes du lecteur, peut essouffler. Les interludes avec son chat Souris ou les parenthèses de culture littéraire italienne médiévale prennent, de même, davantage le visage de justifications de choix de récit ou d’affirmation de légitimité de l’auteur que de véritables temps de pauses dans le récit.

Cependant, pour les amateurs de rebondissements intérieurs et de pensées paradoxales qui traversent chaque être sensible à l’analyse de ses ressentis ou de leur sens, les décortications sont souvent exhaustives et intéressantes. Mais là aussi peut-être trop présentes. L’effet girouette finit par faire tourner la tête.

Finalement, sur un sujet aussi riche et débattu en ces fins d’années qui reviennent trop vite pour certains quand ils sont trop espacés pour d’autres, la question du lien entre la famille et le sentiment d’appartenance vus à travers le prisme de la tradition de Noël est utilisée par l’auteur comme un levier pour aborder une multitude d’autres sujets tout aussi intéressants. Mais au vu du rythme effréné du récit, chacun aurait mérité son livre à part entière !

Avis en demi-teinte donc cette fois-ci, mais je reste persuadée que c’est un auteur à suivre …