* Les heures souterraines * Delphine DE VIGAN

* Les heures souterraines * Delphine DE VIGAN

Une plongée, deux univers.

Une écriture subtile sur la question de la croisée des chemins.

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Ce roman qui précède la publication du primé « Rien ne s’oppose à la nuit » (2011, éditions Lattès) ne fait pas exception à la plume subtile et fouilleuse de Delphine de Vigan dans ce que nos vies peuvent comporter de sombre, enfoui, écorché et courageux aussi.

Il est ici question des vies parallèles menées par deux personnages : Mathilde, employée dans une grosse entreprise de marketing à un haut poste de responsabilité et sous la coupe d’un supérieur cinglant, et Thibault, médecin généraliste se déplaçant de patient en patient pour le compte des Urgences Médicales de Paris.

Elle, elle est mère de trois enfants et vit seule, se rend tous les jours dans ces bureaux qui l’ont vue collaborer à la définition du plan marketing, à la veille concurrentielle et aux décisions majeures concernant l’élaboration des produits de chaque marque, tout cela en gérant une équipe de sept personnes. Mais Jacques, son supérieur en décidera autrement. Un mot, un acte et tout bascule. L’enlisement dans cette mécanique silencieuse de l’isolement qui entrainera sa chute calculée et progressive la conduira à descendre très bas, mais jusqu’où ? A quel moment le sursaut de vie peut-il surprendre celle ou celui qui ne s’en pensait plus doté ?

Lui, il est médecin au cœur de la ville après avoir connu les joies d’un cabinet rural de consultation en tant que médecin de village remplaçant puis à son compte, celui qu’on appelait Docteur au marché et que l’on respectait tant. Aujourd’hui sa vie n’est plus que trajets dans les méandres urbains de la Capitale, tel un courant d’air, à la merci de tous ces va-et-vient au volant de sa Clio défraîchie, épuisé de ne pas savoir dire non. Sauf à cette femme, à cette relation singulière, mais quelle sera sa place dans cet univers ?

L’écriture se fait compte à rebours, le temps présent est à la recherche du fait générateur dans le passé, des indices et de l’accumulation des faits du quotidien les ayant amenés là où ils se trouvent, en ce premières pages où ils ouvrent les yeux sur leur état et leur devenir.

A l’instar du titre qui annonce la couleur, la descente dans le souterrain de leur vie se fait par tous les chemins. D’un détail à un acte essentiel, chaque chose pèse son poids dans le processus de descente quotidienne, de glissement progressif, de perte de contrôle face à l’incompréhension, d’imbrication des causes et conséquences entre les dimensions personnelles et professionnelles de chacun.

Quelles ressources mobiliser, quelle énergie à aller chercher dans les tréfonds de soi-même pour continuer ou pour briser le cercle vicieux ? Chacun a ses objectifs, sa vision, ses failles, ses courages, ses raisons d’espérer. La question qui nous taraude, nous lecteurs, et nous tient grâce à la plume agile de l’auteure, devient : vont-ils se croiser ? Tout semble construit à cet effet, l’étau se resserre, l’évidence se dessine. La vie ne tient qu’à un fil, les rencontres aussi.

 

Point de jugement, l’auteure nous immerge dans des quotidiens sombres mais dont l’humanité des personnages rayonne d’autant plus et les rend profonds, attachants, fragiles et forts à la fois. La psychologie de l’écriture est d’une finesse à la hauteur de l’observation sociologique qui a dû la précéder.

Jusqu’à la fin, nous attendons cette croisée des chemins. Aura-t-elle lieu ? Peut-elle les sauver d’eux-mêmes ? Est-ce que rencontrer quelqu’un qui vit une situation similaire peut nous arracher à la nôtre et constituer un soutien, un tuteur, un appui, comme cet effet miroir qui pourrait nous renvoyer ce que nous sommes devenus et ainsi en prendre conscience pour éventuellement rebondir ? Tout est moins sûr, tout est à lire.

Ce roman est un allié précieux de la mise à distance lorsque l’on vit ou assiste impuissant à une situation identique. Car la résonance aide à ce ressenti d’universalité qui vient tenir la main de nos solitudes et les rendre bruyantes pour ne plus jamais les accepter dans le silence.

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Citation p.54, éditions Le Livre de Poche :

« Elle sait que les gens qui aiment au-delà de ce qu’on peut leur donner finissent toujours par peser. »

Citation p.128, éditions Le Livre de Poche :

« L’échec amoureux n’est ni plus ni moins qu’un calcul coincé dans les reins ? de la taille d’un grain de sable, d’un petit pois, d’une bille ou d’une balle de golf, une cristallisation de substances chimiques susceptible de provoquer une douleur forte, voire insoutenable. Qui finit toujours par s’éteindre. »

* Le Rouge et le Noir * STENDHAL

* Le Rouge et le Noir * STENDHAL

Deux couleurs pour une palette littéraire et sociale sans égal. Un classique réaliste du XIXe siècle à jamais gravé.

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Sous l’un de ses nombreux pseudonymes avec lesquels il aimait masquer sa plume, du nom d’une ville allemande où il avait résidé avec ce « H » rajouté pour accentuer sa germanisation, Henri BEYLE (1783-1842), alias STENDHAL, a publié, avec ce roman intitulé « Le Rouge et le Noir », sa Chronique du XIXe siècle ou Chronique de 1830 tel qu’il avait souhaité le sous-titrer lors de ses premières publications de la même date chez Levasseur malgré l’indication de 1831 pourtant affichée.

Très peu reconnu de son vivant sur l’ensemble de son œuvre mis à part la qualification d’ « extraordinaire » assignée à la lecture de « La Charteuse de Parme » par Honoré de Balzac dans un article paru en 1840, ce roman fait aujourd’hui partie des incontournables classiques de la littérature française tant étudiés et rarement décriés. Si ce n’est peut-être par Yann QUEFFÉLEC à l’occasion de l’émission télévisée « la Grande Librairie » du 27 mai 2016, qui a manifesté sa forte déception suite à la relecture de ce monument tant d’années après la première, en relevant les contradictions et le désenchantement ressentis, réaction décrite par les autres invités comme une forme de désamour stendhalien. Un tel débat sur une œuvre semblant aussi consensuelle est ainsi venu interroger ma propre analyse.

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Sous la plume de cet auteur fervent bonapartiste et donc en manifeste désarroi au lendemain de la Restauration, le narrateur sous l’identité de Julien Sorel, nous entraine sur son parcours initiatique divisé en deux parties.

La première plante le décor du contexte géographique, social et politique dans lequel évolue ce personnage alors qu’il n’a que dix-huit ans au début du roman.

Au cœur de la petite ville française de Verrières située en Franche-Comté, il est en effet le troisième fils d’un scieur du village qui contrairement à ses frères et son père, affirme rapidement sa préférence pour les études et fait preuve d’une grande curiosité intellectuelle, le « Mémorial de sainte Hélène » en tête, allant contre sa prédestination familiale programmée en faveur des travaux de force.

L’abbé Chélan, curé du séminaire et qui était au fait des incessantes moqueries et violences subies par Julien dans sa famille à ce sujet interviendra donc auprès du maire de ladite commune, Monsieur de Rênal, en vue de le faire intégrer à cette famille bourgeoise et provinciale en qualité de précepteur.

Pourtant pétri de timidité parfois naïve, ce jeune ambitieux imprégné de sa velléité à devenir un nouveau Napoléon tout en le cachant, n’aura de cesse de conquérir l’épouse du maire en question, Madame de Rênal, dès leur rencontre, tel un guerrier. Le glissement de leur relation vers des sentiments amoureux réciproques devenant difficiles à dissimuler, en parallèle de la rumeur cultivée par la femme de chambre jalouse en la personne d’Elisa, couplé à la fierté parfois disproportionnée du narrateur, le conduiront à prendre la route du grand séminaire de Besançon et à tourner les talons, au moins un temps.

Protégé ensuite par l’abbé Pirard de l’animosité du reste du groupe dont il partage le quotidien mais pas les idées, l’ouverture vers une place de secrétaire auprès du marquis de La Mole s’annonce alors être une nouvelle porte ouverte vers l’ascension sociale tant espérée. Son départ à Paris ne se fera pas sans manquer de perdre la vie lors d’un dernier rendez-vous avec Madame de Rênal devenue apparemment froide à sa passion, mais par le fait réellement de trop d’émotion.

La deuxième partie dévoile alors la vie de Julien Sorel évoluant dans le milieu respectable et respecté de l’aristocratie parisienne en la famille de La Mole, de laquelle il gagne progressivement tout le respect de par son esprit et également de par un duel gagné.

Tantôt impulsif, tantôt ombrageux, laissant penser à des origines familiales naturelles plus nobles que les siennes, il finit par attirer le désir puis l’admiration de la fille du marquis, Mathilde de La Mole avec laquelle il entretiendra une relation des plus partagées entre distance et attrait, au rythme de la lassitude du narrateur et de l’orgueil de sa prétendante.

Cependant et à l’annonce de sa grossesse, le père, la colère passée, le nommera lieutenant des hussards à Strasbourg, l’anoblissant un temps avant de découvrir l’immoralité dont Madame de Rênal l’accusait par courrier, en dénonçant la manipulation de Julien avide d’ambition et ayant instrumentalisé à ce titre la relation avec sa fille en vue d’un mariage par intérêt.

A l’annonce de cet état, Julien, de retour à Verrières, tentera à deux reprises de tuer son ancienne maîtresse en pleine messe et en repartira avec la conviction d’avoir réussi. S’ensuivra un temps d’emprisonnement qui se fera le ballet de visites et de luttes en faveur de son acquittement puis de l’appel du premier jugement de condamnation à mort, entre Mathilde de Mole et Madame de Rênal, chacune à leur façon et de leur côté. Malgré la passion qui renaît en faveur de cette dernière après avoir découvert l’échec de son geste, il se résignera à mourir et le sort de son corps, plus précisément de sa tête, comme un symbole, donnera suite à la description d’une scène exceptionnelle à l’initiative de Mathilde de La Mole qui la conservera jusqu’à l’enterrer dans une grotte à l’image de l’amante d’un de ses ancêtres auquel elle vouait une admiration profonde. Leur enfant survivra mais sans lui et sans l’aide de Madame de Rênal qui mourra trois jours plus tard.

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L’accès à ce monument relève moins d’une consigne scolaire que d’une transmission maternelle l’été de mes seize ans, de celles qui ont le parfum de vieux biscuit des livres anciens, la couverture cornée, la tranche encore colorée d’un rouge passé et une pâquerette séchée en guise de marque-page.

Novice sur le sujet de la littérature classique mais ouverte sur le thème de l’art, à la lecture du titre, mon imagination me mit alors sur la piste de l’évocation d’un peintre qui serait doté d’une palette comportant seulement deux couleurs étanches au mélange et à la composition.

Or, il ne fut rien de cette analyse que j’imaginais manichéenne opposant l’armée au clergé, l’aristocratie aux paysans, la famille à l’ascension sociale, l’amour à l’ambition. Et encore aujourd’hui, je ne ressens pas la polarité du titre annoncée comme autant de clivages impossibles à nuancer et si hermétiques, ni les strictes oppositions des analyses y étant associées. Non pas que ces clivages ne soient pas fondateurs et guides de la lecture bien au contraire, mais c’est d’amour et d’orgueil que Julien les a souvent confondus, mélangés, dosés et mis en lien jusqu’à en tomber.

Car certes il était question de tout mais pas de façon aussi tranchée : un peu de noir, beaucoup de rouge ou inversement, la nuance apportée par la narration introspective du personnage principal permet d’emprunter le chemin du réalisme et de mélanger tous ces thèmes à l’envi. On pouvait donc aimer et en même temps souhaiter s’élever socialement sans que l’un n’exclue l’autre ? On pouvait donc se réclamer du clergé ou de l’armée, et viser ou critiquer les deux en secret et oser s’adapter et fréquenter le haut panier de la société ? Entre hypocrisie et opportunisme, dans tous les cas, la critique ouverte ou laissée à l’interprétation du lecteur par le narrateur à cet égard fait preuve d’une certaine forme d’honnêteté intellectuelle voire de courage dans cette vision réaliste proposée de la lecture du contexte socio-politique dans lequel STENDHAL évoluait, certes clairement imprégné de sa ferveur bonapartiste en admiration pour le chef militaire mais déçue du despote.

A ce sujet, la découverte d’un accès rendu possible à l’Histoire, la grande, à travers le suivi de la « petite » fut de l’ordre de la révélation en découvrant cet ouvrage. Et depuis ce jour-là, pousser la porte de la littérature classique n’a plus rimé avec contrainte scolaire ni Baccalauréat. Et a été le déclencheur d’une lecture effrénée de toutes les œuvres du XIXe et du XXe siècle que la bibliothèque de mes parents tenait à ma disposition. Un brin lassée par le Romantisme, le réalisme de Stendhal puis de ses successeurs représente encore aujourd’hui un symbole fort, celui de l’étincelle qui a allumé ma grande passion pour la lecture.

Enfin, grâce à cette œuvre finalement à visée autobiographique qui a au départ puisé son inspiration dans un fait divers devenu l’ « affaire Berthet » mais qui utilise la peau de ses personnages comme outil de transposition romanesque, j’ai pu savourer la dimension initiatique liant cette quête de soi au rapport à la société au sein de laquelle on évolue.

Et à travers elle, cette quête du bonheur (devenue Beylisme) et l’énergie consacrée que STENDHAL fait passer par la protection vis-à-vis de cette même société, par l’écriture qui aide à analyser et à accéder à une connaissance et conscience progressives de soi quitte à prendre de la distance par le fait de romancer, par la recherche constante pour chacun de sa propre vérité et par la remise en question de ses convictions si l’y conduire le nécessite.

Depuis sa lecture, j’ai ainsi gardé en tête comme précieuse et guide, cette phrase de l’auteur qui définit le roman comme « un miroir que l’on promène le long d’un chemin ».

* Le liseur du 6h27 * Jean-Paul DIDIERLAURENT

* Le liseur du 6h27 * Jean-Paul DIDIERLAURENT

La lecture en résistance. Un roman touchant et singulier

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A la recherche de bouquins oubliés dans les rayons de ma bibliothèque, ce poisson qui avait l’air de tourner dans son bocal a titillé ma curiosité ! Et sans regret car ce fut une lecture ponctuée de sourcils froncés et d’yeux écarquillés… Quelle singularité, quelle imagination ! Et quand le thème décline l’amour du livre dans toutes ses dimensions, ça ne peut que nous embarquer !

Ce cher Guylain, employé d’une usine où la Chose broie pour les recycler les livres laissés pour compte, résistera à leur disparition en récupérant les pages épargnées de cette boue grise qu’il doit récurer chaque soir sous le regard patibulaire de son patron intransigeant. Heureusement, ce quotidien démarre chaque matin et se met en pause chaque midi par l’accueil d’Yvon et de ses tirades, ce gardien fou de théâtre qui ne s’exprime qu’en alexandrins.

Il les fera vivre ces pages égrainées et sans lien les unes avec les autres à travers sa voix qui viendra bercer les passagers du RER de 6h27 du lendemain et les surprendra de sujets qu’il découvre lui-même chaque matin. Comme il maintiendra en vie son ami Giuseppe à la recherche de toutes les publications d’un livre bien particulier. Et toujours aux côtés de son cher Rouget de l’Isle, un poisson rouge qui a presque les neuf vies d’un chat.

De pages en rencontres et de clé USB en glycines, le voilà plongé avec les mots des autres au cœur de ces vies qui ont tant besoin de les écouter. Jusqu’à ce que les mots d’une autre en particulier vienne le chercher. Dans son monde, on compte les carrelages et on s’exprime en tantologies. Je vous laisse découvrir …

Heureuse donc d’avoir partagé ces moments de poésie et de tendresse tous liés par ce besoin d’humanité, ces bulles de légèreté, ces liens de solidarité dans un monde parfois trop brusque pour le subir sans bouger. Une lecture rapide et agréable.

 Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en pensez-vous ? Ça vous arrive de lire à haute voix vous aussi ?

* Habiter le monde * Stéphanie BODET

* Habiter le monde * Stéphanie BODET

Écrire le deuil comme on franchit une montagne. Et se reconstruire.

Un roman grandeur nature à escalader avec le cœur.

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Tom l’avait initiée à l’escalade, à la nature, au dépassement de soi. Au point de s’y perdre lui-même, d’y sacrifier tout son temps, tout leur couple. Grimper toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite. Elle avait tout quitté pour le rejoindre dans leur mazot des Houches près de Chamonix. Ses études, ses amis, sa vie de parisienne. Et puis le fameux coup de téléphone retentit un jour dans la vie d’Emily. Celui que toute compagne ou tout compagnon d’un ou une passionné(e) de la montagne redoute et auquel on se résigne presque fatalement. Il laisse derrière lui ce vide, ce gouffre. L’absence.

Comment faire pour repartir ? Quelle voie emprunter cette fois-ci et sans lui ? Quel virage prendre quand aller tout droit n’est plus permis ?

Le premier sera celui de sa propre quête, en allant le chercher, lui, sur des terres auparavant foulées ensemble, des parois explorées, des cavités où se retrancher. En allant se réfugier dans sa famille dans le sud de la France, l’air des Calanques le rappelait à elle. Alors elle s’est écoutée. Avec la lenteur et le dégrisement face au risque inutile aussi parfois, la vie reprend ses droits. Au point de sentir cette présence réelle monter en elle. Cette présence en plus. Et la confirmation tombe… Elle porte leur enfant.

Puis le second. Alors qu’elle prend la décision de repartir vivre à Paris et reprendre ses études de lettres tout en regardant grandir leur fille, Lucie, les rencontres se multiplient. Des voisins bienveillants, des amis, des collègues. Une opportunité de travailler en tant que rédactrice pour le blog d’un magazine de décoration tombe. Et Mark s’ensuit. Célèbre architecte d’intérieur qu’elle interrogera lors de son reportage en Australie et qui se questionne lui-même terriblement. Sa place, son travail, son rôle. Comment être au monde pour l’habiter ? A moins que ce ne soit l’inverse ? Ils se retrouvent sur toutes ces orientations à définir, redéfinir, préciser, remettre en question, qu’elles soient environnementales, sociétales, philosophiques. D’abord là-bas puis à travers leurs échanges épistolaires après le retour en France d’Emily.

Stéphanie BODET nous emmène en deuxième partie dans le symbolisme du foyer et de la représentation que l’on peut en avoir, ponctué de ces références poétiques et philosophiques qui s’égrènent à chaque début de chapitre. Baudelaire et son rêvoir, Heidegger et ses liens entre habiter et bâtir. Ils sont tous là, et c’est heureux.

Mais elle nous transmet surtout de façon plus globale, cette fois-ci, après « A la verticale de soi » paru en 2016, son amour de la montagne et de l’alpinisme sous un autre angle. Écrire le deuil comme on franchit une montagne. Faire face au vertige créé par le vide tragique de l’être aimé. Franchir chaque étape de l’absence comme on aborderait une voie, par étape, le sommet en fond, en allant chercher chaque prise dans un équilibre fragile, en pensant retrouver l’être absent dans l’ailleurs du passé… et se retrouver soi, finalement. L’auteure qui pratique cette discipline nous fait cadeau de toute sa symbolique et de sa poésie à travers cette belle métaphore de vie, et c’est réussi. Par respiration progressive et patiente, on accueille chaque mot, chaque émotion, en se les autorisant aussi finalement, comme Emily pour qui le voyage se déplace et de géographique, devient intérieur. Et sans nul doute, on la suit.

Un roman fin et positif, rythmé et sensible. Sans sensiblerie.