* Petit pays * Gaël FAYE

* Petit pays * Gaël FAYE

Le Grand livre de ce Petit pays.

Un coup de cœur et un coup d’esprit.

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A quel moment peut-on parler de son enfance au passé ? A quelle distance peut-on parler de son pays et de son histoire sans le résumer à sa politique et ses conflits internes ? Comment peut-on répondre à la question du « comment ça va ?  » quand ça ne va plus ?

Gaël FAYE, l’auteur, le fait à travers les yeux et l’esprit de ce petit Gabriel âgé de 10 ans qui évolue et grandit d’un coup au Burundi, au contact de son père qui résume l’opposition ethnique entre Hutu et Tutsis à la forme d’un nez, à sa petite sœur Ana qui aimerait le suivre partout, à sa mère originaire du Rwanda qui a fui le génocide et qui s’écarte progressivement de ce même père, français. Rupture familiale, rupture politique, génocide. Le ton monte, les tensions grondent.

Heureusement les copains sont là. En faire voir de toutes les couleurs aux voisins à la sortie de l’école leur permet de se raccrocher à ces bouts de leur enfance qui les fait rire, voler des mangues, écrire de longues lettres à une correspondante française et rêver. Lire aussi quand une voisine ouvre les portes de la lecture à Gaby et l’encourage à verbaliser son ressenti face à chaque rencontre livresque. Il y a forcément un avant et un après, mais on ne s’en rend compte … qu’après justement. Alors repousser la réalité en écartant la lucidité, même pour un temps court, c’est déjà ça de gagné.

Comme une résurgence de son fameux album intitulé « Pili pili sur un croissant au beurre » en fond, on retrouve ici grandement Gaël FAYE et ses talents de poète urbain en sa qualité d’auteur-compositeur-interprète. Par ce premier roman, il nous plonge dans une écriture tout aussi musicale, à la rencontre des cultures, où chaque mot est choisi, efficace, percutant. Et l’ensemble, malgré la violence et le devoir de mémoire, ne se défait jamais de toute sa poésie ni ne cède aux sirènes de la victimisation.

Le rythme est tantôt calme au gré des siestes et du temps qui s’étire dans le pays de son enfance tel qu’il l’a connu, et tantôt pressant comme l’ambiance de conflit latent et historique qui tonne en fond de ce qu’il va connaître. En échos de l’évolution de l’histoire familiale et du couple de ses parents. A moins que ce ne soit l’inverse.
Une autre façon d’incanter Cesaria à travers la nostalgie de l’enfance sous toutes ses facettes y compris les plus douloureuses, et par-là la question des racines, de la culture, du soi. Revenir pieds nus fouler le sol de son enfance ne laisse sans doute pas indemne de toute écorchure qui se ravive. Pourtant, l’auteur écrit comme il chante, avec douceur et intensité, poésie et densité.

En tournant la dernière page de ce roman, j’ai eu envie de réécouter l’un des morceaux intitulé « l’ennui des après-midis sans fin », issu de son premier album précité que je vous recommande aussi. Comme pour revenir avec lui à cette époque de calme de l’enfance. Et d’entendre à nouveau ces quelques mots : « Apprendre à faire avec, c’est apprendre à faire sans ».

Vous l’aurez compris, ce roman est un coup de cœur et un coup d’esprit réunis !