* Changer l’eau des fleurs * Valérie PERRIN

* Changer l’eau des fleurs * Valérie PERRIN

Face aux virages de la vie. Le courage des liens du cœur.

Un roman bouleversant et gravé.

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De garde-barrière à gardienne de cimetière, il n’y a qu’un pas. Mais un grand. Immense. Lourd. Chargé du passé et allégé d’un avenir meilleur. Sans jamais être plombant.

Pourtant si on l’avait dit à Violette Toussaint lorsqu’elle vivait au rythme du passage de ces trains quotidiens avec son mari Philippe Toussaint et sa fille, son trésor, Léonine, elle ne l’aurait jamais cru. Quel chemin a-t-elle bien pu suivre ou subir pour se retrouver finalement seule au milieu d’une autre petite famille de cœur reconstituée, au cimetière de Brancion-En-Chalon en Bourgogne, entre curé, fossoyeurs et quelques visiteurs perdus qui ont besoin de se retrouver ?

A s’arrêter au titre ou à la quatrième de couverture, la tentation de se dire qu’on va sombrer dans le terne et le pathos est grande. Un univers de grisaille où les fleurs ne servent qu’à orner des tombes ? Et ce pendant près de 650 pages ? Non merci.

Eh bien justement : merci. On en est loin.

Qu’il est haut en couleurs ce roman, doux et abrupt à la fois, tellement passionné aussi, intense dans tous les moments que nous font vivre densément chacun des personnages. Ils s’appellent Philippe, Léonine, Nono, Julien, Elvis, Gaston, père Cédric, Sasha, Irène, Gabriel. Ils se découvrent à nous au fil de la narration, avec sensibilité et poésie, honnêteté et sans faux-semblants. Jamais. Leurs qualités, leurs défauts, leurs faiblesses, leurs manques de courage, leurs mensonges à eux-mêmes et aux autres, leur profondeur, leurs couleurs intérieures. Le plus surprenant parfois reste que l’on parvient à ne pas en vouloir à certains, vraiment. Même dans les pires moments. L’auteure met tellement d’implication dans chacun d’eux, donne tellement d’éléments pour comprendre sans jamais les imposer, que sans cautionner, on parvient à accepter. L’inacceptable. Et surtout à aimer les autres, profondément, sincèrement. Et c’est justement ce qui les attire ensuite à d’autres à leur tour, différents et à la fois si proches. Sans poser de question, sans vouloir tout savoir, chacun sait. Et tend la main.

L’habileté que maîtrise Valérie PERRIN réside également dans cet art de tisser une toile de fond qui se densifie et se rapproche grâce au rythme créé par les nombreux voyages entre passé et présent. On monte très vite dans ce train qui laisse la place et le temps au lecteur de comprendre, déduire, se questionner, en tirer ses propres conclusions. Chaque élément est distillé avec élégance et agilité dans les descriptions, les échanges directs entre les personnages, les petits détails qui n’en sont pas. Jusqu’au titre de chaque chapitre, travaillé et évocateur, poétique et philosophique. Une touche de miel en plus.

Tout le travail sur le symbolisme en fait partie, et il est somptueux, fin, subtil, pétillant. Qu’il s’agisse de métaphores, de personnifications et j’en passe, chaque passage figuré vient petit à petit habiller les personnages de toutes les couches de leur vie pour enfin comprendre ce et ceux qu’ils sont devenus. Car il y a ce qu’ils montrent aux autres, ou plus précisément ce qu’ils acceptent de montrer, et ce qu’ils sont profondément. Être au monde et devenir qui on est. Un long chemin de confiance et de réparation. Violette ne s’habille-t-elle pas « en hiver » alors « qu’en dessous il y a l’été » ?

Chaque page se tourne avec émotion, appréhension, envie. Sauf les dernières. Comme une envie de ralentir le rythme de lecture pour ne pas arriver au bout trop vite. Et les quitter le plus tard possible.

Après avoir refermé ce roman, j’ai ressenti ce manque, celui qui, vous savez, vous donne l’impression d’un adieu sur le quai de la gare ! Ils étaient à leur tour devenu ma famille, mes amis, mes confidents et quand je jardine encore aujourd’hui, je continue à apporter ma petite contribution à la culture du leur en m’imaginant à quoi il pourrait ressembler, en vrai. Ce jardin du partage, du relai, des confidences, de l’apaisement.

A tous ceux qui ont besoin d’un retour aux bonheurs simples et vrais, foncez !

* Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates * Mary Ann SHAFFER & Annie BARROWS

* Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates * Mary Ann SHAFFER & Annie BARROWS

Quand la lecture réunit, envers et contre tout.

Un roman tendre et attachant. A lire absolument !

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La lecture occupe une place toute particulière dans nos vies fidèles à lecteurs.com. Mais on ne s’imagine pas à quel point elle a pu jouer ce rôle de bouée de sauvetage en des temps bien plus sombres, d’étoile dans la nuit noire, de seul moyen de partage quand on nous interdit de partager tout le reste. Pour se donner du courage, créer une parenthèse dans la peur, se donner des ailes pour prendre de la hauteur. Ou peut-être que si justement, car il n’est parfois pas nécessaire d’attendre une guerre à l’extérieur pour avoir besoin de se sauver soi-même. Et dans ce cas, l’écho qui résonne à la lecture de ce livre ne peut en être que plus fort !

L’une de ses auteures, Mary Ann SCHAFFER était bibliothécaire et libraire alors que la deuxième, sa nièce, Annie BARROWS était auteure de livres pour enfants. Histoire de planter le décor. Alors un roman oui mais…
Le choix de ce format mêlant essentiellement la voie épistolaire à la retranscription sporadique de quelques échanges directs donne une profondeur d’âme à ce livre et à leurs personnages qui va bien plus loin qu’un échange de lettres simplement retranscrit !

A la fois témoin et acteur, j’avais l’impression d’être à mon tour tombée sur une vieille boîte poussiéreuse remplie de correspondances d’un autre temps, trouvée dans le grenier de mes grands-parents, et ainsi de détenir un trésor entre les mains. Le style choisi nous donne en effet cette impression enthousiasmante de faire partie. D’être rentrée dans ce cercle de passionnés, drôles, courageux et bienveillants. Et qu’il est bien difficile de la quitter !

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune journaliste écrivain londonienne cherchait le thème de son prochain roman quand elle se retrouve happée au cœur d’une communauté qui s’est formée et développée sur l’île anglo-normande de Guernesey. A un moment bien précis. Celui pendant lequel elle était encore aux proies à l’occupation allemande et au terrible quotidien qui se partageait entre bombardements, départs en masse des enfants pour l’Angleterre et travail des femmes dans les camps. Happée comment ?

Grâce à ce cher Dawsey Adams d’abord, habitant de l’île, qui lui écrit puis à la suite qui sera donnée à cette correspondance… avec lui, avec d’autres.

Dans le clair-obscur renvoyé par le contraste entre le contexte historique et la chaleur des relations humaines qui se sont nouées dans les coulisses de ce club, le maniement des mots précis et précieux, pudiques parfois et souvent drôles aussi nous permet de profiter sans culpabiliser de cette légèreté inattendue et tellement belle qu’elle nous en voit sortir plus qu’émus.

En quatre mots comme en cinq cents : entrez dans le Cercle ! Vous ne serez pas déçus. Et vous n’éplucherez plus jamais les patates de la même façon.